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Atelier 14

Thématique(s)

Urbanisme , mobilités et ambiances sonores

Horaire

Mardi 24 novembre 2026 / 17h20-18h40

Salle

Non attribuée

Bruit du trafic aérien : comment réduire la gêne ?

Description :


Atelier animé par :

Intervenants :

Arnaud CAN

Directeur de recherche UMRAE
Résumé : SonoRezé : co-construire l’action publique autour des environnements sonores
La régulation des environnements sonores constitue un enjeu central de la fabrique urbaine. Les politiques publiques reposent encore majoritairement sur des indicateurs acoustiques standardisés, éloignés des perceptions habitantes. Des démarches participatives cherchent à combler ce fossé en associant les citoyens à la qualification du bruit. Mais ces initiatives se heurtent à plusieurs obstacles : technicité du sujet, asymétrie entre savoirs profanes et experts, difficulté à transformer les observations citoyennes en leviers d’action publique. C’est dans ce contexte qu’a été menée l’expérience SonoRezé, à Rezé (43 000 habitants, agglomération nantaise), territoire exposé aux bruits aérien et routier mais doté d’un cadre environnemental favorable, et engagé dans la participation citoyenne.
Entre 2021 et 2022, SonoRezé I a permis de réaliser un diagnostic participatif des environnements sonores, porté par la Ville de Rezé et l’Université Gustave Eiffel. Grâce à l’implication de 130 habitants, plus de 90 heures de mesures ont été effectuées via l’application NoiseCapture, produisant une cartographie participative des niveaux de bruit et des sources, plus proche du ressenti des habitants que les cartes réglementaires. Des groupes de discussion ont approfondi ces observations en interrogeant la qualité perçue des environnements sonores.
Entre 2023 et 2025, SonoRezé II (ANR), associant Univ Eiffel, la Ville de Rezé AgroCampus et le tiers-veilleur Auxilia, a visé à co-construire des actions publiques autour du bruit. Outre des actions de sensibilisation, le collectif a choisi de concentrer ses travaux sur le bruit des avions. L’action s’appuyait sur le triptyque habitants / ville (élus et services techniques) / chercheurs, et s’est appuyée sur huit ateliers participatifs. L’objectif était de faire émerger les préoccupations des habitants et de produire des analyses alimentant des pistes d’action, puis de réfléchir aux modalités de diffusion des résultats.
Trois préoccupations majeures ont émergé : la déviation des trajectoires aériennes vers Rezé, les perturbations du sommeil, et la sous-estimation de la gêne. Des analyses de données (stations officielles de mesure du bruit, données de trajectoires de NTE-Skyview, enquête de gêne), ont apporté des éléments objectifs relatifs à ces préoccupations. Ces analyses confirment par exemple que la tranche 6 h – 7 h est la plus bruyante, ainsi que la nette sous-estimation de la gêne estimée sur le territoire. Des chiffres de sensibilisation ont été produits. Une carte sensible, construite à partir d’entretiens et d’un travail graphique, a complété ces analyses. La restitution publique a réuni habitants et acteurs institutionnels, favorisant le dialogue territorial.
Le projet a généré plusieurs prolongements concrets : création d’un collège d’habitants associé à une étude santé régionale, organisation d’échanges entre institutions et citoyens, constitution d’un collectif citoyen poursuivant les diagnostics sonores, etc. SonoRezé a permis d’instaurer un dialogue inédit entre habitants, chercheurs et institutions autour d’un sujet technique. Le projet a produit des ressources ouvertes disponibles sur sonoreze.fr, et montre que les expertises habitante et scientifique sont complémentaires. Le cadre méthodologique développé constitue un modèle transférable à d’autres territoires confrontés à des nuisances sonores complexes ou souhaitant valoriser leurs ressources sonores. Un guide méthodologique a été élaboré pour accompagner cette diffusion.

Matthieu SINEAU

Responsable Pôle d'Études BRUITPARIF
Résumé : Etude COGEN’AIR - Contribution à la co-construction d’un indicateur de gêne lié au bruit du trafic aérien

La réglementation relative au bruit du transport aérien s’appuie essentiellement sur des indicateurs acoustiques énergétiques qui traduisent mal les critères d’intensité et de répétitivité des pics de bruit. Le débat public se cristallise donc souvent autour de la remise en cause de ces indicateurs jugés insuffisants à traduire la gêne des populations et à suivre les évolutions.
Pour améliorer la caractérisation de l’exposition au bruit lié au trafic aérien, Bruitparif suggère de développer un compteur d’événements sonores à points, le Noise Point Counter (NPC) s’inspirant des indicateurs existants de type NAX mais en s’affranchissant de l’effet de seuil qui est un inconvénient à leur utilisation. Il s’agit de réaliser un décompte du nombre de pics de bruit générés par les survols en pondérant chaque pic en fonction de ses caractéristiques acoustiques qui influent le plus sur le niveau de gêne instantanée des riverains et de l’agréger ensuite par périodes en prenant en compte les différences de sensibilité selon les périodes de la journée (jour, soir, nuit), les types de jours (jours ouvrables, week-end) voire les saisons.
 
COGEN’AIR vise à étudier la faisabilité d’élaboration de ce nouvel indicateur au travers de données recueillies au cours de l’année 2025 sur trois secteurs franciliens exposés au bruit du trafic aérien près des aérodromes de Paris-Orly (Sucy-en-Brie et Boissy-Saint-Léger), de Paris-CDG (Saint-Prix) et de Paris-Saclay-Versailles (Magny les Hameaux et Villiers le Bâcle). Sur chaque secteur, par ailleurs équipé d’une station permanente de mesure du bruit, environ 30 personnes volontaires ont été interrogées. Le recueil de données a été opéré selon trois axes :

  1. Un questionnaire général de caractérisation de la gêne à long terme et d’information concernant le participant. Une mesure d’isolement acoustique a également été réalisée chez chaque participant.
  2. Un formulaire de recueil de la gêne de court terme pendant une période commune de deux à trois semaines. Il a été complété une fois par jour pour chaque période (jour, soir, nuit), en renseignant également le temps de présence au domicile et les zones fréquentées (extérieur ou intérieur, fenêtres ouvertes ou fermées).
  3. Des séances collectives d'évaluation, par les participants volontaires de chaque site pilote, de la gêne instantanée (au survol) perçue à l’extérieur, sur une trentaine de survols consécutifs, en décollages et en atterrissages.

Les données sont en cours d’analyse et les résultats sont attendus dans le courant de l’année 2026. Ils pourront être présentés à l’occasion de ces Assises Nationales de la Qualité de l'Environnement Sonore. Les premières analyses, à consolider, donnent à ce stade de premières tendances sur les variables les plus significativement associées à la gêne perçue par les participants vis-à-vis du bruit aérien selon les différentes temporalités considérées : long terme, court terme et instantanée. L’évaluation de la gêne en conditions réelles et selon ces différentes temporalités constitue la principale originalité de cette étude, cette approche ayant été très peu déployée jusqu’à maintenant dans un contexte d’exposition au bruit du trafic aérien.